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Homélie du frère Grégoire lors du Rosaire

« Jésus, mon amour » 1Co 13, 4-7 / Mt 25, 31-40
Avec les lectures du jour, un confesseur ou un professeur de morale se frotte les mains ! En effet, entre la première lettre de Paul aux Corinthiens et le chapitre vingt-cinq de l’Évangile selon Matthieu, on a toute une série de règles, d’actions pratiques que l’on pourrait utiliser pour faire, par exemple, son examen de conscience. Imaginez … Imaginez, un tableau à quatre colonnes : dans la première, on écrirait, ligne après ligne, « être patient », « rendre service », « donner à manger à qui a faim », « à boire à qui a soif » et ainsi de suite jusqu’à la dernière ligne : « aller rendre visite à un prisonnier ». Dans la deuxième colonne : « oui » ; dans la troisième : « non » ; et quatrième colonne, pour se donner du courage : « pas encore » ou « penser à y penser ». Et, régulièrement, je remplis mon tableau, je coche les cases qui vont bien, et je sais, à la fn, si je suis plutôt brebis, ou plutôt bouc, et les progrès encore à faire. Pourquoi pas … après tout, la Parole de Dieu peut nous permettre d’être en vérité avec nous-même, devant le Seigneur. Mais, avec un tel tableau, deux risques : à force de prendre l’Évangile simplement pour un simple code de bonne conduite, on risque premièrement de passer sa vie à se regarder le nombril, soit pour s’applaudir soit pour pleurer sur son triste sort, et deuxièmement, on risque bien d’avoir envie de faire la même chose pour les autres : pour mon mari, pour cette amie, pour ton fls, … qui n’ont pourtant absolument rien demandé, merci pour eux. Le risque, donc, c’est de se mettre à condamner : se condamner soi, ou condamner les autres. Et je ne suis pas sûr que ce soit le but premier de cet Évangile, de cette « bonne nouvelle ». Alors, plutôt que de l’entendre comme une description du chrétien idéal, regardonsle, oui, comme un portrait, mais comme un portrait de Jésus.
Reprenons d’abord la lettre de Paul aux Corinthiens, mais remplacez « l’amour » par « Jésus ». Jésus … est patient, Jésus … rend service, Jésus … n’est pas jaloux … en gros, Jésus, c’est un amour ! c’est « un amour d’homme », comme on dit. Pour chacune de ces phrases, on pourrait trouver un événement de la vie de Jésus qui convient : il est patient avec ses disciples, il est serviable auprès des malades, il endure la passion :il supporte, oui, il support sa croix et il espère, oui, il espère la résurrection, parce que, en tout, oui, il fait confiance au Père. Jésus, oui, c’est un amour, et c’est même plus : c’est l’amour de Dieu le Père manifesté aux hommes, et Jésus, c’est l’amour de Dieu le Père manifesté dans un homme. Avant d’être une « leçon de morale », la lettre de Paul aux Corinthiens, c’est une « chanson d’amour ».

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Et, à partir de là, on peut revenir à l’Évangile selon Matthieu, qui nous donne trois images pour parler de cet amour qu’est Jésus. Je passe rapidement sur les deux premières. D’abord, c’est un roi glorieux, assis sur son trône, gouvernant les hommes et les anges. La première chose que L’Évangile nous dit, c’est que Jésus est souverain : c’est un amour qui règne sur toute la création. La deuxième image, c’est celle d’un juge : non pas un juge assis sur son tribunal, mais un juge qui agit comme un berger pour faire le tri entre les boucs et les brebis. Et le berger, dans la Bible, on le voit toujours agir avec patience, avec douceur, avec espérance, mais aussi on le voit toujours agir avec fermeté et autorité, par exemple pour protéger les brebis des coups de cornes des boucs. Mais avec la troisième image, il y a un changement : un roi, je veux bien, qui juge et trie comme un berger, d’accord, et maintenant … Jésus, cet amour, devient celui qui a faim, soif, est nu, étranger et même, même, celui qui est en prison. Jésus se présente aussi comme un pauvre, un pauvre qui attend un geste d’amour, il se présente comme une brebis blessée par les cornes du bouc. Et quand il parle du prisonnier, il ne dit pas « je suis le prisonnier injustement condamné », ce qu’il a été avec Ponce Pilate. Non il dit « je suis le prisonnier », qui, peut-être a mérité sa peine et sa condamnation, comme le bon larron : en se présentant comme ce prisonnier, Jésus nous dit qu’il est, je crois, il nous dit qu’il est présent au cœur du prisonnier, qu’il est présent au cœur du bouc, pour lui apprendre à devenir une brebis. Et peutêtre qu’il attend que les brebis viennent aimer le bouc … À partir de là, de cette lumière-là, on peut retourner, avec prudence, à notre examen de conscience. Où est-il, Jésus mon amour, dans ma consciecne ? Où est-il dans mon cœur ? Ce que nous dit cet Évangile, c’est, je crois : il y a en toi une brebis qui aime, il y a en toi un bouc qui pèche, et il y a, au fond du fond, il y a Jésus, il y a Jésus, ton amour. Oui, chacun pourrait, en faisant son « examen de conscience », trouver les coups de cornes qu’il a reçus et les coups de cornes qu’il a donnés. Et pour cela, on peut, ici à Lourdes, venir demander pardon ou venir demander de savoir pardonner. Chacun de nous, en faisant son « examen de conscience », pourrait trouver aussi ce qui fait de lui une brebis, et trouver ce qui fait des autres des brebis. Et pour cela, au cours de ce pèlerinage, déjà dire merci et rendre grâces à Dieu : merci pour le
bien que l’on voit faire, merci pour le bien que l’on sait faire.

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Parce que, si nous sommes des brebis, c’est que, au fond du fond, tout au fond de notre cœur, il y a Jésus, mon amour. Mon amour : celui que j’aime, mon amour : celui qui me permet d’aimer. Déjà, je peux dire merci pour le verre d’eau que Jordi m’a donné hier, pour les plateaux débarrassés au réfectoire, la visite reçue en prison ou à l’hôpital … Dire merci, rendre grâces, oui parce que depuis des années, c’est merveille sur merveille, c’est un bouquet de fleurs, c’est un sourire, merci pour ce coup de téléphone, merci pour ce café qu’on m’a offert, pour l’épaule sur laquelle on peut pleurer, merci pour les rires partagés, … Jésus, mon amour. Lui qui ne cesse pas de transformer les boucs en autant de brebis, lui qui veut faire de moi, jour après jour, une brebis. Lui qui permet à tout homme, que ce dernier le sache ou non, qui permet à tout homme d’être « un amour d’homme ». Et comme les prêtres le disent après la consécration : Par lui, Jésus ton amour, avec lui, Jésus mon amour, en Lui, Jésus, notre amour, à la gloire de Dieu le Père, amen.

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